
Dans la filiation directe du dandysme britannique de la fin du 18e siècle, la sapelogie est une doctrine de l’élégance, de la finesse et de l’originalité revisitée à l’africaine. Moins bling-bling que le récent « coupé-décalé » ivoirien, ce phénomène de mode est né après l’indépendance dans l’avenue Matsoua du quartier de Bakongo (dit « le couloir de la mode ») à Brazzaville au Congo. C’est dans se quartier que les jeunes viennent se montrer, et confronter leur capacité à marier les couleurs et l’élégance. Là-bas, ce sont les sapeurs qui foutent le feu !! (et voila, le jeu de mots que vous attendiez…)


Ce phénomène prend son essor après l’indépendance. Il s’agissait peut-être d’un phénomène de rejet du mot d’ordre du général zaïrois Mobutu qui, dans une recherche d’authenticité et d’identité africaine, prônait l’ « abacos », abréviation de « à bas les costumes ». À l’origine, les sapeurs étaient aussi des employés congolais qui travaillaient pour de riches familles aristocratiques dans les beaux quartiers parisiens et qui revenaient au pays pour « saper » le moral de leurs amis avec de beaux habits repris ou empruntés à leurs patrons. Parmi eux, Christian Loubaki dit « enfant Mystère » qui va fonder le mouvement avec sa boutique « La Saperie de Bacongo » Mais il y a aussi Feu Mamadou. Le premier est plus conservateur dans le « vêtir à l’occidentale » tandis que le second est plus dans l’exhibition et dans le paraître. De Kinshasa à Brazzaville, la sapelogie s’étend à la Cote d’Ivoire et remonte jusqu’à Paris, pour faire débat, à savoir qui s’habille le mieux ! Pour Papa Wemba « l’examen se fait à Paris, mais la proclamation se fait au pays » Les sapeurs aiment discuter sapelogie et la rivalité entre Kinshasa et Brazzaville n’est pas à prendre à la légère. On les appelle les « sapelogues » La dernière icône en date, Djo Balard. Superficielle, frivole ou snob, les sapeurs n’y voient pourtant pas qu’une simple manière de s’habiller. C’est aussi un véritable amour du style, presque une religion, une ascèse de vie avec des règles à respecter et une manière de s’exprimer.


« Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et dormir devant un miroir » (Baudelaire, Mon cœur mis à nu)





Les sapeurs influencent aujourd'hui des grandes maisons de couture comme Paul Smith pour leur dernière collection 2010.
